3 questions à Jérémy Cognault sur la réforme du 3ème cycle

 

Jérémy Cognault exerce à la clinique du Parc à Lyon. Hors du bloc, il est trésorier du Collège des Jeunes Orthopédistes (CJO) et co-dirige également un groupe de travail pour accompagner les jeunes ortho' sur la réforme du 3e cycle, rencontre.

 

1/ Le réforme du 3e cycle, c'est un sujet qui fâche ?

En 2009 ont eu lieu les balbutiements de la réforme par l'intermédiaire de la CNIPI (Commission Nationale de l'Internat et du Post-Internat). L'objectif de départ était de moderniser l'internat pour s'adapter à une augmentation croissante du numerus clausus qui allait nécessairement demander la création de nouveaux postes d'internes et autant de formateurs. Comme tout cela a un coût, il a fallu penser à désengorger l'internat et cela passait par une réforme. Donc, le but initial à peine caché était économique. Pour mettre en place cette réforme, il a été envisagé d'une part de réduire la durée de l'internat d'un an (en passant de 5 à 4 années, car il s'agissait d'une durée d'internat déjà employée dans le passé, et a priori valable) et d'autre part, de réduire la durée du post-internat de deux à une année. Ce sont pourtant deux années extrêmement formatrices et précieuses pour nous jeunes chirurgiens mais ce n'est pas ça le cœur du problème. Là où la réforme est pernicieuse c'est que dans ces 4 ans d'internat, la dernière prévoit un rôle de « super-interne », en gros c'est un poste d'assistant mais payé comme un interne (soit un ratio de 1 à 2 et demi). Cette astuce permet de conserver les 2 années de formations en autonomie auxquelles nous tenons, mais en en diminuant le coût. Notons également que l'assistanat débute donc artificiellement après 3 ans d'internat contre 5 à l'heure actuelle. Autre point, quand on ne fait qu'une seule année de post-internat on ne peut pas avoir accès au secteur 2 car il faut deux années. Donc le débat selon moi porte sur l'accès au secteur 2 et sur la rémunération du « super-interne » parce que vouloir faire encore des économies sur le dos des internes ça devient un peu pénible. Un assistant hospitalier qui opère environ 400 à 500 patients par an et qui fait environ 5000 consultations par an, génère en moyenne pour l'hôpital un chiffre d'affaire de 300K€ à 400K€ selon le mode de calcul des points ICR mais il est payé 45 000€ l'année pour 60 à 80 heures/semaine !

 

2/ Avec cette réforme, finalement, c'est la formation des chirurgiens qui est menacée ?

La réforme arrive en même temps que la réorganisation du temps de travail des internes. Jusqu'à présent le temps de travail des internes était à la discrétion du chef de service, donc souvent peu limité. Dans ces conditions, on oublie (de moins en moins) le repos de garde. Or, quand on a fait 24 heures de garde, le lendemain on est censé rentrer chez soi pour se reposer car on peut potentiellement être dangereux pour nous-même ou pour les autres, et en plus on n'est pas assuré. Avec cette réforme, on va passer de 80 heures par semaines à 48 heures avec le repos de sécurité obligatoire et ce pendant 4 ans. Donc là où cela peut en effet menacer notre formation, c'est parce que l'on réduit l'expérience clinique de manière drastique et pour nous, en termes de compagnonnage, ça pose question... Bien sûr, il y a toujours des internes brillants qui pourront être formés en 3 ans et qui seront bons mais ce n'est pas le lot commun.

 

3/ Vous ne voyez aucun avantage à cette réforme ?

Fort heureusement il y a du bon ! En particulier grâce à un travail constant du Collège National de Chirurgie Orthopédique et Traumatologique permettant de rationnaliser les objectifs de la réforme avec les contraintes de formation. Une des avancées majeures est le fait d'avoir un référentiel commun et un accès à la formation pour tous. Il s'agit de la création de maquettes de formation en Chirurgie Orthopédique et dans les autres spécialités, à respecter tout au long du cursus pour le valider. Tant sur un plan théorique, que pratique. Il faut se rappeler qu'il y a des villes en France où pour certaines spécialités il n'y avait pas d'accès à la formation, notamment en arthroscopie.
Ensuite, le fait de vouloir augmenter la mobilité des internes au national ou à l'international est une bonne chose. C'est tout de même fatiguant : je viens de m'installer mais au cours de mon internat et de mon assistanat, j'ai déménagé huit fois, ça marque ! Globalement, réduire le temps d'internat est possible parce qu'il y a toujours un stage ou deux où on lève un peu le pied. Notons que l'on fait quand même 12 ans d'études, donc un peu d'air pour souffler c'est peut-être pas mal aussi...Surtout quand, entre temps, nous démarrons ou essayons d'entretenir une vie de famille et que le conjoint ou la conjointe ne souhaite pas passer tout son temps à la maison avec les enfants ; sans en voir le papa (ou la maman). C'est aussi ça la réalité et certains s'en rendent compte parfois trop tard.

 

 

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