3 QUESTIONS À ... PATRICK-GEORGES YAVORDIOS

 

À 63 ans, Patrick-Georges Yavordios rêve d'un dossier patient « glissant » accessible à tous, aux informations actualisées en temps réel. Un projet fou qui vous fera sans doute sourire. Pourtant, ce serait une 1ère pierre à l'édifice permettant aux praticiens et aux établissements d'être sur la même longueur d'ondes et de mieux prévenir le risque au bloc.
L'anesthésiste-réanimateur, secrétaire général d'ASSPRO, fait des questions de communication et d'information son combat. Rencontre.

 

Pourquoi l'information et la communication sont devenus un enjeu pour prévenir le risque opératoire ?

En 2016, l'HAS a lancé une grande analyse des évènements indésirables liés aux soins dans le cadre de l'accréditation des médecins au bloc. Sur 47 000 évènements indésirables recensés toutes spécialités confondues, il y avait trois causes majeures : la 1ère cause c'est le travail en équipe pour 27% de ces évènements, ensuite vient la tâche à accomplir pour 23%, et enfin le patient lui-même pour 15%. Ainsi, trop souvent, la communication au sein de l'équipe amène des problèmes d'organisation dans la continuité des soins. L'enjeu, c'est un meilleur travail en équipe pour assurer la sécurité du patient.
Suite à cela, nous avons travaillé avec la HAS et les différents responsables des spécialités pour arriver à une liste de 15 points clés et solutions pour une meilleure coopération entre chirurgiens et anesthésistes-réanimateurs. Nous avons fait la promotion de cette liste pendant les congrès, nous avons mis l'accent partout.

 

Concrètement comment cela se passe-t-il, y-a-t-il un bug dans le système ?

Aujourd'hui sur chaque dossier de patient, chacun saisi les informations sur son propre logiciel informatique mais les logiciels ne communiquent pas entre eux. Donc par exemple pendant une consult', le chirurgien note des informations sur son dossier mais l'anesthésiste n'aura pas les observations du chir'. Or, certaines informations peuvent être capitales, comme par exemple, le caractère potentiellement hémorragique d'une intervention. Par ailleurs, il n'est pas normal que l'anesthésiste informe le patient qu'il est atteint d'un cancer au stade avancé. Ce genre de situation arrivent plus qu'on ne le pense quand on n'a pas accès aux mêmes informations dans les dossiers.

 

Le patient a-t-il repris le pouvoir sur les médecins ?

Avant on était dans une mono-décision du praticien donc le patient était plus passif... Mais aujourd'hui les patients sont devenus exigeants, ils savent qu'ils ont des droits et ils les font valoir, ce qui a totalement bouleversé les relations praticiens-patients. Le problème c'est que maintenant on opère beaucoup plus, des choses beaucoup plus graves et des patients beaucoup plus vieux, donc le patient doit être informé de tout. Le défaut d'information est considéré comme un délit donc il faut un consentement éclairé, une signature, une traçabilité de l'information. Si j'ai un patient à endormir et que je peux faire différentes anesthésies : générale, médullaire ou locale-régionale, je dois lui présenter les avantages et les inconvénients de ce que je préconise et des alternatives possibles. Le chir' doit faire pareil car à la fin le patient doit avoir toutes les infos en sa possession pour faire son choix.

 


Propos recueillis par Alexia Farry

 

 

 

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