Péribulbaire, on vous a à l'oeil...

 

Une patiente âgée de 84 ans, souffrant de diabète non insulino-dépendant depuis 20 ans et d'une hypertension artérielle était régulièrement suivie par son ophtalmologue.


Le 12 novembre 2016, son acuité visuelle était de :


- Œil droit : avec correction (120°-0,50) = 5/10ème P3
- Œil gauche : (65°-0,75) = 5/10ème P4, en raison d'une cataracte bilatérale.

 

Elle était adressée à un chirurgien qui programmait une intervention chirurgicale de la cataracte de l'œil droit et était donc opérée en novembre 2016 avec une bonne récupération visuelle à 9/10ème.


Le 1er décembre 2016, la patiente était opérée de la cataracte de l'œil gauche sous péribulbaire.


A cette fin, l'anesthésiste procédait comme il le fait habituellement par une injection de 40mg de DIPRIVAN quelques minutes avant le geste pour la sédater avant la réalisation de la péribulbaire sous échographie.


Le médecin anesthésiste réanimateur relevait l'existence d'un reflux de sang lors du test d'aspiration, ce qui le contraignait à réorienter son aiguille et réinjecter l'anesthésique local derrière le globe oculaire sous contrôle échographie.


L'intervention était poursuivie sans complication particulière et la patiente était revue le lendemain par son chirurgien, lequel notait l'existence de douleur au niveau de l'œil gauche ainsi qu'une hypotonie et hémorragie intra vitréenne stade 4.


Il était diagnostiqué au décours de cette consultation de contrôle une perforation sclérale temporelle de l'œil gauche justifiant un avis auprès d'un centre spécialisé.


Le 4 décembre 2016, la patiente était réopérée sous anesthésie locale et il était mis en évidence une perforation sclérale.


Malgré cette reprise, il était conclu : « l'acuité visuel reste limitée à la perception lumineuse à gauche, le tonus est à 17. Au fond d'œil, la rétine est à plat mais on constate une vaste plage de fibrose maculaire. Et 2 autres déchirures en périphérie rétinienne sont bien à plat. J'explique à la patiente qu'il n'y avait pas vraiment d'espoir d'amélioration de l'acuité visuelle de l'œil gauche... ».


Aucune solution thérapeutique n'a pu être proposée, conduisant la patiente à déposer une demande d'indemnisation devant la CCI à l'encontre du chirurgien, de l'anesthésiste et de la clinique.


Un expert ophtalmo a été désigné et a considéré :


« Lors de la réalisation de l'anesthésie péribulbaire, il s'est produit une perforation sclérale. Le Docteur X nous a décrit le geste qu'il effectuait habituellement et qui n'appelle pas de commentaires. Il est entrainé à cette technique. Il n'a toutefois pas fait de diagnostic de la perforation lorsqu'elle s'est produite. Il s'agit d'une « maladresse ». La perforation sclérale est exceptionnelle ; son incidence est de 1/16000 ».


C'est donc contre toute attente que l'Expert, après avoir confirmé l'absence de contre-indication à la péribulbaire, a conclu à la survenue d'un accident médical par « maladresse » lors de la réalisation de l'anesthésie péribulbaire. Après avoir largement insisté sur le respect des bonnes pratiques médicales par l'anesthésiste (réalisation sous écho guidage avec production du cliché de l'échographie) et la bibliographie médicale attestant de ce que la perforation du globe oculaire était une complication redoutée de l'anesthésie péribulbaire même si elle est exceptionnelle (1/16000), la CCI a finalement suivi notre argumentation et a conclu au terme de son avis à la survenue d'un accident médical non fautif ouvrant droit à indemnisation au titre de la solidarité nationale.

 

Laure Soulier
Avocat à la Cour d'Appel de paris
Cabinet AUBER

 

 

Plus d'info sur le système de défense Branchet ?

Contactez Sylvie Charlet