Quand une patiente croit qu'elle a un cancer du sein

 

Une patiente se présente en consultation chez un chirurgien avec une tumeur du sein (Carcinome canalaire infiltrant de grade 2).

 

Préalablement, une mammographie avait été pratiquée, suspecte mais s'avérant négative, ainsi qu'une IRM, mais trois biopsies étaient revenues concluant à un cancer.

L'histologie prédomine, et la chirurgie est indiquée (segmentectomie avec ganglion sentinelle) et effectuée.

 

Les pièces prélevées en per opératoire sont adressées à l'anatomopathologiste. Lequel retrouve un fibroadénome et la trace des biopsies, mais pas de carcinome et deux ganglions sains !

La patiente n'avait pas de cancer, malgré la première histologie, celle de la biopsie !

 

Le dossier de la patiente est immédiatement présenté en RCP, lors de laquelle il est décidé de pratiquer une nouvelle IRM, sans apport.

Une radiothérapie est tout de même décidée, par sécurité, en raison des délais courants.

 

Dans les suites, la patiente et les médecins s'interrogent...

 

Il est fait état d'erreur possible des laboratoires d'anatomopathologie, mais l'incertitude ne satisfait personne !

Un membre de l'équipe médicale, qui avait été confronté à une expertise judiciaire en tant qu'expert, a alors l'idée de faire pratiquer un test ADN, désormais peu couteux et légal en France dans ce type de circonstances.

Celui ci est effectué, avec l'accord de la patiente.

 

Le test revient avec comme résultat : les prélèvements initiaux, pratiqués lors de la biopsie, n'étaient pas ceux de la patiente !!!

Une erreur s'est donc manifestement produite lors des analyses pratiquées au sein du laboratoire d'anatomopathologie !

C'est ce que les experts, désignés par la CCI, vont évidemment constater.

 

Aucune faute ne sera donc retenue, en toute logique contre l'équipe de soins, en l'absence de tout lien de causalité directe et certaine entre leurs actes et les préjudices invoqués par la patiente, qui a subi une chirurgie et une radiothérapie sans nécessité a posteriori.

Elle le reconnaît elle même dans ses écritures.

La plainte de la patiente est fondée, à l'encontre du laboratoire, évidemment.

 

Même si elle contient en germe un paradoxe, que j'avais à l'esprit tout au long de cette procédure : voilà une patiente qui se plaint de ne pas avoir eu de cancer !

On comprend évidemment, derrière cette pirouette la réalité des préjudices qu'elle a subi : on lui a annoncé un cancer, elle s'est faite opérer pour rien et a subi une radiothérapie, pour rien. Mais, tout de même, l'un des chainons rhétoriques de la plainte est bien là : je n'avais pas de cancer, et on m'a fait tout ça ! Je pensais alors à toutes les femmes qui ont un cancer et qui rêveraient qu'on leur annonce qu'on s'est trompé, qu'elles n'en ont pas.

 

L'autre élément digne d'un roman policier médical est que, a priori, si il y a bien eu erreur au sein (!) du laboratoire, une autre patiente a reçu des résultats rassurants alors qu'elle était porteuse d'un cancer ! Le laboratoire doit la retrouver. Vite.

 

Me Georges LACOEUILHE

Avocat au Barreau de Paris
Spécialiste en Droit de la Santé

 

 

 

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