Tracez, tracez, il en restera toujours quelque chose !

 

La pyélonéphrite aiguë obstructive est une urgence médico-chirurgicale bien connue de l'urologue, mais elle peut s'installer soudainement et subrepticement lors d'un WE d'astreinte, comme pour cette femme de 52 ans au moment des faits, lithiasique connue, admise pour une colique néphrétique apparemment simple et chez qui le retard de prise en charge entraînera un sepsis sévère, compliqué secondairement d'une amputation trans-métatarsienne bilatérale.


Le tableau clinique à l'admission en hospitalisation le samedi ne comportant pas de signe infectieux, le traitement médical classique était instauré avec programmation différée du scanner sans injection en début de semaine suivante.

Un ECBU a bien été réalisé à l'entrée, mais conservé au frigo, il a été transmis tardivement au laboratoire ! Le résultat, qui témoignait d'une infection urinaire à Escherichia coli multi-sensible, n'a été connu que le lundi. La pyélonéphrite aiguë s'est installée dans la nuit du samedi au dimanche et l'état général de la patiente s'est rapidement dégradé sans que l'urologue d'astreinte en soit prévenu immédiatement, retardant ainsi de façon préjudiciable l'instauration de l'antibiothérapie et la pose de sonde JJ...!


Cette affaire malheureuse permet d'insister particulièrement sur la traçabilité exigible lors de l'expertise :


- Traçabilité du protocole de prise en charge de toute colique néphrétique simple ou compliquée. Le bilan initial d'une CN simple comporte la réalisation d'une bandelette urinaire, l'ECBU s'imposant devant toute suspicion de pyélonéphrite aiguë (A-II). Dans le cas présent, l'analyse protocolisée par bandelette n'a pas été effectuée, l'examen direct de l'ECBU aurait sans doute pu être déterminant sur le délai d'instauration des antibiotiques si le prélèvement avait été porté au laboratoire de biologie suivant les modalités recommandées de transmission.

 

- Traçabilité de la bonne délivrance de l'information pendant toute la durée de la prise en charge médicale, l'urgence pouvant représenter une exception au devoir d'information, lorsqu'une intervention immédiate s'impose (délai<6H).

 

- Traçabilité de la transmission des données médicales entre médecin référent et médecin d'astreinte ou médecin remplaçant, pour pouvoir démontrer qu'il n'y a pas eu de rupture même courte dans la continuité des soins.

 

- Traçabilité de l'organisation ou charte de fonctionnement au sein de l'établissement entre urologue et médecin anesthésiste, la PNA obstructive nécessitant une parfaite coordination qui s'étend à l'urgentiste, à l'infectiologue et au réanimateur, afin d'éviter au maximum d'engager le pronostic fonctionnel ou vital des patients.

 

- Traçabilité du dossier médical (dossier personnel, dossier hospitalier): lettre d'admission, prescriptions, transmissions (dossier de soins), protocoles de soins, CRO, CR Hospitalisation et courrier de sortie...

 

-et particulièrement, en cas de complication, traçabilité des visites et des actes de soins, des prescriptions médicamenteuses, des examens complémentaires, des avis spécialisés sollicités, des transferts...


Dans les cas de PNA obstructive mal prise en charge ou compliquée, la responsabilité de l'urologue est engagée directement, ou encore de façon partagée avec un collègue ou l'établissement, d'où l'intérêt d'une assurance de responsabilité différente de celle de votre clinique ou hôpital. La parfaite traçabilité du dossier médical est un des piliers essentiels d'une bonne défense, assurée au mieux dans ce type de situation, par l'assistance et l'accompagnement personnalisé de médecins-conseil en urologie et en infectiologie aux côtés de l'avocat spécialisé et du juriste de Branchet. Tracez, tracez pour qu'il en reste quelque chose !

 

 

Jean Luc Moreau (Chef de pole Urologie) et Eric Senneville (AC infectiologie)

 


ACTUALISATION 2008 DE LA 8eme CONFÉRENCE DE CONSENSUS DE LA SOCIÉTÉ FRANCOPHONE D'URGENCES MÉDICALES DE 1999. PRISE EN CHARGE DES COLIQUES NÉPHRÉTIQUES DE L'ADULTE DANS LES SERVICES D'ACCUEIL ET D'URGENCE- M. El Khebira, O. Fougeras, C. Le Gall, A. Santin, C. Perrier, C. Sureau, J. Miranda, P. Ecollan , G. Bagoui, A. Trinh-Duc, O. Traxer, Sous commission de veille scientifique de la SFMU. Prog Urol, 2009, 19, 7, 462-473


DIAGNOSTIC ET TRAITEMENT DES INFECTIONS BACTÉRIENNES URINAIRES DE L'ADULTE : PYÉLONÉPHRITES AIGUËS - Recommandations - F. Bruyère, G. Cariou, J.-P. Boiteux, A. Hoznek, J.-P. Mignard, L. Escaravage, L. Bernard, A. Sotto, C.-J. Soussy, P. Coloby et le CIAFU
Prog Urol, 2008, 18, 14-18, suppl. 1

 

 

 

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